La vie du quartier Neudorf - Deux Rives à Strasbourg
Clinique Sainte Odile - Photo © Roland Burkel - Wikimedia commons

Santé de proximité : le quartier reste bien doté

La clinique Sainte-Odile a fermé en février pour rejoindre le complexe Rhéna, à Port du Rhin. Une perte pour l’offre médicale de proximité pour certains. Le quartier garde toutefois un riche maillage de professionnels de santé, au service des habitants au quotidien. Il se place bien au-dessus de la moyenne française en matière de couverture médicale. Au-delà, les thérapies alternatives sont aussi accessibles à Neudorf.  Zoom sur ce réseau de santé qui veille sur vous.

La fermeture de Sainte-Odile laisse le quartier orphelin

La clinique Sainte-Odile n’accueille plus de patients depuis fin février. Ses services ont déménagé à Port du Rhin dans la nouvelle clinique Rhéna, fruit de la fusion de la clinique de Neudorf avec les cliniques Adassa et Diaconnesses. Les Neurdorfois perdent avec cette fermeture un pôle de santé de proximité jusque-là central dans leur quartier. La clinique Sainte-Odile était avant tout une clinique de chirurgie qui fonctionnait avec des médecins spécialistes libéraux. Son service d’urgences drainait quant à lui les habitants du sud de Strasbourg et permettait aux habitants de Neudorf de pouvoir consulter un médecin urgentiste 24h/24 à proximité de chez eux. Occlusion urinaire, petites fractures, sutures… l’accès facilité des habitants aux urgences étaient un grand atour pour le quartier, pour les pathologies à traiter dans l’heure. « Pour tous les autres habitants de Strasbourg, Rhéna va représenter des urgences en plus, mais pour les habitants de Neudorf, ça va faire des urgences de moins », résume un généraliste.
Désormais les Neudorfois auront le choix de se déplacer à 3,5 km pour se rendre aux urgences de la nouvelle clinique Rhéna, ou d’aller à celles du Nouvel hôpital civil, à 2 km du centre du quartier. De l’avis des médecins, la proximité de l’ex-clinique Sainte Odile garantissait surtout un accès facilité aux examens complémentaires, de type radios, scanner et IRM, à quelques rues de chez eux. Reste désormais dans le quartier l’unique cabinet de radiologie de la route du Polygone, dont les délais de rendez-vous sont rallongés avec la fermeture de la clinique. Pour les scanner et IRM, le cabinet le plus proche devient le cabinet Wilson, près de la place des Halles dans le centre-ville.

Quelques chiffres sur la Clinique Rhéna

  • 1 100 collaborateurs dont plus de 300 praticiens libéraux
  • 368 lits et places (dont 69 en ambulatoire)
  • 1 bloc opératoire avec 17 salles
  • 1 secteur de naissance avec 7 salles de naissance et 1 salle de césarienne d’urgence
  • 101 millions d’euros d’investissement

Médecins généralistes : un passage de génération

Médécine généraliste, de plus en plus de femmes prennent le relais. Photo © Claire Gandanger

Plus d’une vingtaine de médecins généralistes officient dans le quartier Neudorf-Musau- Schluthfeld-Port du Rhin. Une couverture plus que correcte pour le quartier le plus peuplé de Strasbourg. « Nous sommes de vrais médecins de proximité, des médecins de famille, qui voyons des enfants devenir parents à leur tour, et suivons les différentes générations », résume le Dr Claude Arnold. Le secteur Strasbourg Sud, qui inclut Neudorf, Port du Rhin et la Meinau, est l’un des derniers de la ville où les généralistes libéraux assurent encore eux-mêmes les gardes du week-end, à tour de rôle via le numéro téléphonique 15. Mais sur les sept généralistes partis en retraite depuis cinq ans, deux n’ont pas trouvé de remplaçants. Progressivement, la profession se féminise à Neudorf comme ailleurs. Le docteur Soraya Cherif-Beck a repris le cabinet de son ancien collaborateur en 2015 avec une associée.
Les deux jeunes femmes continuent de consulter le samedi mais ont réduit l’amplitude horaire de leurs consultations qui ferment désormais à 17h plusieurs soirs par semaine, en raison de leurs impératifs familiaux. Leur porte reste ouverte aux nouveaux patients, surtout des étudiants de passage. « Mais on essaie de ne pas rajouter trop de patients à domicile », concède le docteur. « Une visite à domicile prend plus de temps, et permet donc à moins de patients d’être vus. Et la sécurité sociale ne nous y incite pas. » C’est la première difficulté pour les patients en cas de départs de leur médecin : pas toujours simple de trouver quelqu’un prêt à reprendre les visites à domicile « Je ne prends plus de nouveaux patients que je dois voir à domicile », confirme le Dr Patricia Huck-Hertel. « Je réserve cette possibilité à mes patients vieillissants qui ne peuvent plus se déplacer. »


Des consultations préventives gratuites pour les jeunes enfants

Chloé à sa consultation mensuelle avec le Dr Sophie Kauffmann. Photo © Claire Gandanger

Jeudi après-midi au centre médico-social de la place du Marché, Chloé, neuf mois, babille dans la salle de consultation du Docteur Sophie Kauffmann. Son papa, Julien Senegates l’accompagne ici tous les mois pour surveiller sa croissance. « Elle a bien poussé », se félicite la puéricultrice en reportant le poids et la taille du bébé dans son carnet de santé avant de passer le relai au médecin généraliste pour la visite proprement médicale. « Ici, on nous accorde plus de temps que chez le pédiatre », apprécie le jeune père. Les consultations pour jeunes enfants de 0 à 6 ans sont gratuites pour tous, dans le cadre du service de Protection maternelle et infantile assumé et financé dans les quartiers de Strasbourg par la Ville, délégataire du Département. Sophie Kauffmann les assure sur rendez-vous dans les centres médico-sociaux du quartier Neudorf-Musau-Port du Rhin.
Chaque semaine, elle reçoit une dizaine d’enfants à sa permanence rue de Wattwiller et une quinzaine à celle de la place du Marché. Deux fois par mois, elle voit aussi une douzaine de petits à Port du Rhin. « Il s’agit de consultations de prévention », explique le médecin. « On s’occupe des vaccinations, de la diversification alimentaire, de la surveillance des conditions de vie et de sommeil. On fait les dépistages sensoriels pour repérer des problèmes de vue ou d’audition. » Ces consultations ne sont pas un recours d’urgence. « Quand Chloé est malade, elle va chez son médecin traitant », insiste Sophie Kauffmann. En cas d’urgence sociale, la visite peut quand même permettre à des parents de faire soigner leur enfant et de les accompagner pour s’insérer dans le circuit de soin commun. En 2016, le quartier Neudorf a enregistré 667 naissances.


Infirmières à domicile : les sentinelles du quartier

Les infirmières assurent plus de visites par jours. Photo © Claire Gandanger

18h. Noëlle Bechiau vient faire sa piqûre d’insuline du soir à Ginette Rettig, qu’elle a déjà vue ce matin à 5h. Malgré son diabète, l’octogénaire s’est autorisé la veille une petite pâtisserie avec sa famille pour la fête des grands-mères. Mais sa glycémie est bonne. « Aujourd’hui j’ai fait attention. » Au-delà de la surveillance de son diabète, la visite de l’infirmière à domicile est précieuse pour elle. Un peu de bavardage s’impose autour d’un petit café. Pas le temps de rêvasser, Noëlle Bechiau reprend la route, contente d’avoir échappé cette fois à une contravention pour le court temps qu’elle a stationné sans ticket. A l’autre bout du quartier, Pierre Poiré l’attend aussi pour sa piqûre quotidienne. Le septuagénaire habite seul. « C’est rassurant d’avoir une personne qui passe une fois par jour pour prendre de mes nouvelles », apprécie-t-il. Noëlle Bechiau travaille à Neudorf depuis douze ans déjà. Chaque jour, elle ou son associée effectuent entre 5h et 21h plus de 60 visites, dont jusqu’à trois chez la même personne. La majorité de leur patientèle est constituée de personnes âgées. Distribution de médicaments, toilettes et soins d’hygiène, pansements, perfusions et injections… comme elles, la vingtaine d’infirmières de Neudorf soutient au quotidien les besoins de santé chroniques de leurs patients.
« Nous sommes les sentinelles : dès qu’on constate un problème, on prévient le médecin traitant. Nous faisons aussi parfois le lien avec les services sociaux, quand une personne se trouve en difficulté, pour payer son loyer par exemple. » Une intrusion dans l’intimité des foyers qui demande de la tolérance et de l’adaptation. Le trousseau de clé de l’infirmière ouvre les portes de nombreux appartements d’habitués par toujours en mesure d’ouvrir eux-mêmes à la visiteuse. Ce soir, Noëlle Bechiau va encore voir une ex-malade du cancer en voie de guérison à qui elle doit poser une perfusion de complément alimentaire pour la nuit, pour l’aider à reprendre son poids perdus sous l’effet des chimio-thérapies. « Au-début, l’infirmière venait tous les jours », explique son mari attentif aux gestes de la soignante. « C’était vraiment la visite importante que nous recevions chaque jour. Maintenant, ça va mieux, elle vient deux fois par semaine. »
Dévouée, Noëlle Bechiau et son associé n’hésitent pas à faire un détour sur leur chemin pour faire une course pour leur patient et ne comptent pas les heures. En théorie, elles doivent être disponibles 24h/24 pour répondre à l’appel d’un patient. Mais elles dénoncent aussi un réel mal-être chez les infirmières libérales. « Il y a un réel besoin, mais la sécurité sociale ne nous permet que de compter un acte de soin par visite, alors qu’on en fait souvent bien plus. » Noëlle Béchiau tient à son statut d’indépendante. Mais à terme, elle craint que sa profession soit évincée par la tendance grandissante aux hospitalisations à domicile. Pas le temps de se plaindre pour autant, 20h, l’infirmière reprend la route pour ses dernières visites du jour. Prochain objectif : faire la toilette d’une dame atteinte de Parkinson.


« L’hypnose ouvre le champs des possibles. » Trois questions à Charly Colmaire, hypnothérapeute et sophrologue à Neudorf

Charly Colmaire, Hpnothérapeute et sophrologue. Photo © Claire Gandanger

En quoi l’hypnose est-elle une médecine douce ?
J’utilise des méthodes de sophrologie et d’hypnose pour réapprendre aux personnes à s’autogérer en puisant dans les « médicaments » que leur corps peut produire naturellement : la dopamine, les endorphines, la sérotonine… L’hypnose, complétée par de la sophrologie, peut permettre le sevrage tabagique, accélérer la guérison d’états dépressifs, régler les troubles du sommeil, accompagner la gestion du poids… Elle peut aussi servir à de la préparation mentale pour des étudiants et des sportifs.
Qu’est-ce que l’hypnose ?
L’hypnose produit un état modifié de conscience, un état naturel qu’on connaît tous au quotidien. Je vais l’utiliser pour aller puiser dans les ressources de l’inconscient de la personne toutes les images et souvenirs bons pour elle, qu’ils soient vrais ou faux. En lui suggérant des visualisations, je vais la mener à recréer une réalité virtuelle pour installer de nouvelles connexions neuronales. L’idée est de créer une nouvelle croyance bénéfique qui va permettre à la personne d’agir.
Que dire aux personnes qui ont peur d’être manipulées ?
L’hypnothérapeute aide son client à reprendre le pouvoir en lui, dans la bienveillance. Pour que l’hypnose fonctionne, il faut une alliance entre eux. On fixe un objectif réalisable dans l’écologie de la personne. Je n’impose rien. L’hypnose peut se passer assis, debout ou allongé. La personne n’est pas endormie, ni même obligée de fermer les yeux. Elle peut s’exprimer. Nous sommes en communication. Son esprit est là où elle accepte de l’emmener. Le but est qu’elle puisse remettre en place seule tout ce qu’elle a appris dans mon cabinet pour trouver des ressources à n’importe quel moment.

Thérapies brèves en une à douze séances de 60 euros, selon les objectifs. Certaines mutuelles prennent en charge des dépenses de médecine alternative.


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